FAQ sur le Light Novel

Pile de LN

[MAJ en juillet 2015.]

C’est pas facile de résumer toutes les choses à savoir sur le LN, mais j’ai quand même essayé de faire une FAQ assez complète sur ce support mal connu de tous.

Pour ceux qui veulent se contenter de l’essentiel, il existe une version simplifiée.

Remerciements à Akije et à AxelTerizaki pour leur feedback.

Généralités

Qu’est-ce qu’un light novel ?
Du japonais raito noberu (ライト ノベル), il désigne un format de roman né au Japon, visant surtout les adolescents et les jeunes adultes.
Il s’inspire de certains codes du manga, qu’on retrouve (mais pas toujours) via la jaquette amovible et les illustrations en couleur ou en noir et blanc.
Généralement publié au format A6 (bunko), il compte 300 pages en moyenne. La qualité médiocre du papier utilisé explique son prix assez bas (550-700¥, environ 4-5€).
Pour ceux qui veulent en savoir plus, voilà un petit article illustré.

Comment et quand est né le light novel ?
Le terme raito noberu (ライト ノベル) est formé à partir d’un emprunt de mots anglais. Il est souvent abrégé en ranobe (ラノベ), ou LN pour les occidentaux.
Ses origines sont assez obscures, mais on raconte que ce format est né en 1975, avec la création du label de publication Sonorama Bunko.
Quant à l’apparition du terme de « light novel » au Japon, on peut émettre 3 hypothèses :
– Soit il s’agit simplement d’un nom donné à cette catégorie de romans illustrés japonais.
– Soit il serait né sur des forums japonais dans les années 90 (d’après Wikipédia JP).
– Soit il s’inspire du pulp novel américain, amené après la Seconde Guerre Mondiale.

Un « format » de roman ? Le LN ne serait pas plutôt un genre de roman ?
Le LN est plus reconnu par sa présentation et son format, que par des conventions d’écriture spécifiques à un genre littéraire.
Sans compter qu’il n’est pas reconnu officiellement comme un genre à part entière.
On le rattacherait plutôt à la littérature populaire. Cela dit, il ne faut pas penser que les LN sont tous inférieurs à la littérature courante, car les mauvais romans existent partout.

Pourquoi le LN vise plutôt un public d’adolescents, voire de jeunes adultes ?
Le LN est conçu comme un pont entre le manga et le roman, il est donc naturellement destiné à un public plus âgé que celui des enfants.
Certains LN utilisent un langage courant, de l’argot et des furiganas pour donner le sens des kanjis utilisés, ce qu’on retrouve également dans le manga.
D’autres ont un style tellement complexe qu’un haut niveau de japonais est requis (lycée ou université), comme la série des Monogatari (pour en savoir plus, c’est par là).

D’où sort cette moyenne de « 300 pages par tome » ? C’est 200 pages, non ?
Cette moyenne de 200 pages par LN est totalement dépassée et obsolète.
Avec le temps, la moyenne du marché est passée à 300 pages. (Exemples : Spice & Wolf III, 344p ; Onimonogatari & Koimonogatari, 288p ; Sword Art Online 12, 312p…)
Horizon in the Middle of Nowhere est une exception, avec des tomes de 500 à 1000 pages.

Combien y’a-t-il d’illustrations dans un LN ?
Le nombre d’illustrations peut varier selon les séries et les tomes d’une même série, mais on en a environ une dizaine par tome en temps normal.
Cela dit, il arrive qu’un tome en ait très peu ou pas du tout, soit par choix délibéré, soit en raison de la santé de l’illustrateur (ce qui est arrivé pour Lord Marksman & Vanadis et Nanana’s Buried Treasure).

Pourquoi publier des LN au format A6 et avec un papier médiocre ?
Le format de poche facilite la lecture dans les transports en commun.
De plus, un papier médiocre n’est pas seulement bon marché, il permet également de réduire l’épaisseur des tomes, les feuilles étant très fines et légèrement translucides.

Comment est fixé le prix d’un tome ?
Même si le papier des LN ne coûte pas cher, il existe des variations de prix entre les tomes d’une même série. Ça dépend du nombre de pages pour l’histoire, donc de l’auteur.
Chaque éditeur a un barème de prix, utilisé en tenant compte d’un nombre de pages fixe et de la popularité de la série (plus cher si les ventes sont insuffisantes).
Les pages inutilisées serviront à la postface de l’auteur, qui sera plus ou moins longue en fonction de la place qu’il lui reste.

Quelles sont les œuvres ayant popularisé le LN ?
Cet historique est loin d’être exhaustif, il ne garde que les dates clés.
Dans les années 70 et 80, la science-fiction et la fantasy étaient les premiers genres populaires du LN, grâce à 2 séries écrites par Yoshiki Tanaka : Legend of the Galactic Heroes et The Heroic Legend of Arslan.
Respectivement publiés en 1988 et 1991, Les Chroniques de la Guerre de Lodoss de Ryo Mizuno et Slayers de Hajime Kanzaka s’imposeront comme des références de la fantasy. Cette dernière série renouvelle d’ailleurs le genre en y ajoutant de la comédie, et est publiée chez Fujimi Fantasia, un poids lourd de la fantasy qui existe encore.
En 2006, l’animé de Haruhi Suzumiya, adaptant un LN écrit depuis 2003 par Nagaru Tanigawa, aura un énorme succès chez les jeunes, menant à des ruptures de stock massives des tomes du LN et de nouvelles vocations d’écrivain. La romance, les comédies scolaires et la fantasy deviennent prédominants chez les LN.
Dans la lignée de Slayers et Haruhi Suzumiya, Sword Art Online de Reki Kawahara va relancer en 2012 le courant du MMO dans les œuvres de fantasy, et également le phénomène des web novels, ces séries postées sur Internet avant d’être publiées en LN.

Haruhi et sa Clique

Fate/Zero est un light novel, ou un visual novel ? Sword Art Online est un light novel, ou un animé ? All you Need is Kill est un manga ?
On confond souvent light novel (LN) & visual novel (VN), car ces termes se ressemblent et désignent des supports contenant surtout du texte. L’erreur est courante, mais ça reste moins pire que de confondre LN et manga (ou manga et animé).
Exemples à retenir :
Fate/Stay Night est un visual novel, alors que Fate/Zero est un light novel.
– Le support d’origine de Sword Art Online est le LN.
All you Need is Kill est un LN japonais à l’origine, adapté en film américain (Edge of Tomorrow) et en manga.

All you Need is Compare

Dit-on « la » ou « le » light novel ?
Ceux qui utilisent « la » pensent à la ressemblance entre « novel » et « nouvelle », mais c’est une erreur de traduction : « nouvelle » se dit « short story » en anglais.
Ceux qui disent « le » utilisent le même accord masculin que pour « le » roman.
Aucune règle absolue n’existe, mais le masculin est plus courant et sonne mieux à l’oreille.

Le LN d’aujourd’hui

Le LN est-il un support populaire ?
Oui. Haruhi et les adaptations animées de LN sont véritablement à l’origine de son succès.
Toutefois, sa réputation n’est pas toujours positive. Certains préjugés parfois infondés sont récurrents (titres longs = LN, fan-service, littérature de merde, inceste, etc.).

Pourquoi est-ce que les LN ont souvent des longs titres ?
Popularisés par Oreimo, ils servent de phrase d’accroche pour attirer le lecteur.
D’après Pan Tachibana, l’auteur de So, I Can’t Play H, les longs titres peuvent évoquer assez de détails sur l’histoire, tout en restant plus simples à lire qu’un synopsis.
Malheureusement, ils sont responsables d’une étiquette « fan-service à volonté », à cause de certaines séries à la réputation sulfureuse.
Retenez que ces longs titres ne sont pas synonymes de série à jeter, et ne sont pas seulement limités aux LN (Watamote, par exemple).

Dengeki Bunko

Dengeki Bunko

Comment sont publiés les LN ?
Des éditeurs les publient sous des labels. Par exemple, l’éditeur ASCII Media Works publie des LN sous le label Dengeki Bunko (leader du marché, d’ailleurs).
En général, ils sont directement publiés en tomes reliés.

Quelle est la différence entre les labels de LN ?
Chacun vise un public différent et/ou possède une ligne éditoriale particulière.
Dengeki Bunko est plutôt axé tout publics, Fujimi Fantasia reste sur de la fantasy, et MF Bunko J mise sur le fan-service.

Les LN ne sont-ils pas pré-publiés dans des magazines ?
C’est de plus en plus rare aujourd’hui. Pour certaines séries, les histoires secondaires sont pré-publiées, puis compilées dans des tomes à part (Date A Live Encore, High School DxD EX).
Il se peut que les LN de type Boy’s Love soient pré-publiés, mais ça reste à confirmer.

D’où viennent les auteurs et les illustrateurs ?
Les auteurs viennent souvent d’Internet et/ou de concours d’éditeurs.
Les illustrateurs peuvent être recrutés par plusieurs moyens : concours, Internet (pixiv), artistes renommés ou mangakas (souvent pour l’adaptation en LN de leur manga).

Quel est le parcours d’un manuscrit avant sa publication en LN ?
Le processus habituel est le suivant : Manuscrit écrit ou remanié -> Discussion des améliorations à faire avec l’éditeur -> Manuscrit validé -> Lecture et esquisses de l’illustrateur -> Validation par l’auteur et l’éditeur -> Illustrations définitives -> Mise en page et impression. Mais apportons quelques nuances sur certaines étapes.
Soit l’auteur part de zéro pour écrire un tome, soit il a déjà un manuscrit primé dans un concours de LN (Accel World, DanMachi) ou posté sur Internet (web novel). Il a généralement une deadline à respecter, sauf en cas de soucis de santé (Zero no Tsukaima) ou d’aménagements pour les auteurs à succès (Haruhi).
Une fois que le « premier jet » est terminé, l’auteur et l’éditeur discutent des améliorations à apporter : modifications de scènes (Kirito qui tue Kuradeel, au lieu d’Asuna à la base), comportement et profil des personnages (petite sœur -> cousine), ajout/atténuation de fan service sensuel (ce n’est pas une blague), etc. Le texte est modifié et discuté autant de fois que nécessaire.
Lorsque le manuscrit est validé, l’illustrateur peut commencer des esquisses des illustrations. Cela dit, il arrive qu’elles soient déjà prêtes, notamment pour les adaptations en LN (si le chara-designer/mangaka d’origine est impliqué dans le projet) ou pour des séries contenant des designs de mecha (Infinite Stratos).
Dès que ces dessins préparatoires sont discutées et/ou validées par l’auteur et l’éditeur, l’illustrateur réalise leur version finale, du line à l’encrage ou colorisation.
Viennent ensuite la mise en page, la couverture (réalisés par des maquettistes, et non pas par l’illustrateur), et puis l’impression de l’ouvrage.

Y’a-t-il un classement des LN ?
Le plus connu est le Kono Light Novel ga Sugoi! (Ce light novel est génial !), qu’on abrège en KonoRano. Il repose sur des votes populaires et critiques, ce qui le rend assez fiable. Plus de détails ici.

Y’a-t-il de plus en plus d’adaptations de LN ?
Oui. Un LN peut être adapté en manga, en animé ou même en jeu vidéo.
Ils font la publicité du support d’origine, et c’est pour ça que certaines adaptations animées sont courtes (10-13 épisodes) ou sans suite. Elles sont plus nombreuses depuis 2011-2012, avec un pic en 2013 (autour d’une dizaine par saison).
Toutefois, on peut aussi voir plus d’adaptations en LN de mangas, de jeux vidéo, de romans japonais (Hyôka), ou même de romans occidentaux.

Illustration tirée d'un des LN de Blazblue

Illustration d’un des LN de Blazblue

(Annexe) Mieux connaître le LN actuel

Qui domine le marché du LN ?
Le groupe Kadokawa, qui possède plusieurs éditeurs dont ASCII Media Works.

Comment sont les ventes des LN ?
Moins élevées que pour le manga, et plus étalées dans le temps. Une adaptation animée peut booster les ventes de tous les tomes publiés.
Lorsqu’un tome atteint 10k ventes sans adaptation, on peut considérer que c’est un succès.

Quels sont les principaux concours de LN ?
Chaque éditeur a son propre concours, mais les plus connus sont le Dengeki Novel Prize et les Kyoto Animation Awards.

Les LN visent-ils un public trop otaku ?
Pas totalement. On peut le penser avec les illustrations inspirées du style manga, le fan-service parfois envahissant et les versions LN de romans occidentaux.
Mais certaines œuvres sont plus axées grand public, alors que d’autres visent un public plus adulte.

Tendances & Ouvertures

Quelles sont les tendances actuelles concernant le LN ?
D’une part, la visée d’un public plus adulte, avec des labels qui leur sont dédiés. On peut citer le label Media Works Bunko de l’éditeur ASCII Media Works, qui publie des œuvres plus proches du roman que du LN. Son plus gros succès est Biblia Koshodô no Jiken Techô, où aucune illustration n’accompagne le texte.
D’autre part, la publication sur papier de séries postées sur Internet. Depuis le succès de Sword Art Online, trouvé sur le blog de son auteur, et de Mahouka Koukou no Rettousei, publié sur le site « Syosetsuka ni Narou » (abrégé en Syosetu, signifie « devenons des écrivains »), les éditeurs se ruent sur les séries de Syosetu.
Parmi les autres succès notables, citons Maoyû Maô Yûsha (sur 2ch) et Log Horizon (via Syosetu), tous deux écrits par Mamare Touno. Ce phénomène est aussi à l’origine d’un regain en intérêt pour la fantasy, très présente sur Syosetu.

Est-ce que le LN marche à l’étranger ?
C’est le cas dans les pays voisins du Japon, comme la Chine (non sans problèmes).
Ailleurs, les échecs ont été plus nombreux pour diverses raisons (souvent de visibilité), mais certains pays retentent leur chance avec des approches différentes.
Alors que l’Indonésie opte pour des séries courtes et pas toujours connues (c.f. l’article à ce sujet), la France choisit des séries populaires comme Sword Art Online et Spice & Wolf.
Aux États-Unis, marché qui semble le plus favorable, Yen Press a décidé d’accélérer la publication des LN à partir de 2014.
À noter que le LN de Sword Art Online est massivement lancé dans le monde.

(Facultatif) L’étranger, un marché non sans embûches

Comment convaincre les publics étrangers ?
Il est difficile de convaincre les initiés du manga et le grand public.
Garder l’ouvrage tel quel pour les initiés est assez risqué pour les éditeurs, pas sûrs de convaincre des lecteurs de manga à passer au LN. Mais d’un autre côté, le modifier pour être plus attractif au grand public risque de mécontenter les puristes, pour des raisons plus ou moins légitimes et développées.
Une approche qui ferait un bon consensus entre ces deux publics et les risques serait de se concentrer sur des séries courtes, dont l’histoire peut intéresser le plus grand nombre.

Le LN est-il forcément japonais ?
Je me baserai sur le cas de Blind Spot, roman français écrit par Guillaume Lebigot. L’œuvre est présentée comme un LN, et certains ne sont pas d’accord sur ce point.
Déjà, l’appeler « roman illustré » est totalement valable et incontestable. Le refus de le considérer comme un LN repose plus sur sa nationalité.
Personnellement, il s’agit d’un LN vu sa présentation similaire au format original. Un LN non japonais n’est pas une aberration pour ma part. Je m’appuie sur l’existence de romans coréens et chinois qui ont une présentation similaire (exemple taïwanais, Half Prince).

Couverture & illustration de Blind Spot

Couverture & illustration de Blind Spot

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Si vous avez d’autres questions ou critiques, les commentaires sont là pour ça.

A propos MisogID

Lecteur de light novels maudit par le fukoudaisme. Administrateur et instigateur des vannes foireuses d'Otakiew.
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Un commentaire pour FAQ sur le Light Novel

  1. Très complet et intéressant.

    Il me semble que le premier roman (dont j’ai malheureusement oublié le nom) présenté sous la forme d’un light novel, et donc convenu comme étant le premier roman du genre, date de plus loin que la Seconde Guerre Mondiale, mais cette information reste à vérifier.

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